Evasion

Nouvel exploit sous la glace

Texte : Amandine Philippe, Photos : Alex Voer

En mars dernier, l’apnéiste Arthur Guérin-Boëri a battu le record du monde d’apnée sous la glace – 175 mètres – dans les eaux glacées du lac de Sonnanen en Finlande. Une nouvelle performance pour l’ambassadeur Mercedes-Benz, qui enchaîne les records et les médailles à un rythme effréné. Confessions d’un athlète passionné qui bouillonne de projets.

L’an dernier, en Italie, vous avez été le premier apnéiste à franchir le mur mythique des 300 mètres sans respirer. En mars, vos 175 mètres en apnée sous la glace vous ont offert votre cinquième record du monde. Et en mai, vous êtes devenu champion de France d’apnée pour la cinquième fois, ce qui a permis d’égaler les cinq titres de champion du monde que vous détenez également. Quel est votre moteur pour continuer à vous dépasser ? Et comment vous est venue l’idée de plonger en apnée sous la glace ?

ARTHUR : En tant qu’athlète de haut niveau, j’ai déjà accompli pas mal de choses et il est de plus en plus difficile pour moi de puiser ma motivation uniquement dans la compétition officielle. Aujourd’hui, la diversification de mes projets est mon principal moteur. C’est le cas de mon dernier record du monde d’apnée sous la glace. Bien sûr, il y avait la tentative de record en elle-même, mais la découverte d’un nouvel environnement, la beauté des paysages et, surtout, le fait de pouvoir partager cette aventure avec les autres étaient des éléments tout aussi importants pour moi.

 

Comment s’est passée la préparation de ce record pas comme les autres ?


ARTHUR : Entre la décision de tenter de battre le précédent record mondial détenu par le Danois Stig Severinsen (avec 152,4 mètres) et le départ pour la Finlande, il y a eu six longs mois de préparation minutieuse. Tout d’abord car je souhaitais que le record soit doublement homologué. J’ai à la fois contacté le Guinness Book, qui avait validé le précédent record et possède un réel intérêt médiatique, et la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques (CMAS) pour qui c’était une grande première. La discipline a, en effet, été créée pour ce record, ce qui ouvre une nouvelle voie de performances à d’autres athlètes. Ajoutez à cela le choix du lac idéal, le recrutement d’une équipe logistique sur place, l’organisation de la couverture médiatique, la recherche de partenaires, les repérages avec l’équipe de tournage et, bien sûr, l’entraînement en piscine et vous comprenez que ces mois de préparation ont été assez intenses !

Quel était votre état d’esprit lorsque vous êtes arrivé en Finlande ? Il paraît que la compagnie aérienne a égaré votre matériel ?


ARTHUR : Si la distance de 175 mètres me paraissait facile lorsque je l’ai décidée en amont, ma sérénité m’a très vite quitté une fois arrivé en Finlande. La perte de mon matériel a été une première source de stress. Je suis quelqu’un d’attentif aux signes et j’y ai vu un mauvais présage.

Je n’ai pas pu m’entraîner sur place comme je l’aurais voulu car j’ai seulement reçu une monopalme de remplacement la veille du record. En la testant, je me suis très vite rendu compte que j’avais sous-estimé les difficultés supplémentaires liées au froid. Pour commencer, l’équipement diffère et entrave la progression. Avec une combinaison plus épaisse, de grosses moufles, un masque au lieu de lunettes et un baudrier, il faut fournir plus d’efforts pour avancer. Dans l’eau froide, les réflexes d’immersion arrivent aussi beaucoup plus tôt. Ces réflexes innés permettent de tenir plus longtemps sous l’eau : le cœur ralentit, le sang revient vers les organes essentiels comme le cœur et les poumons, … C’est positif me direz-vous… Certes, mais ces réflexes sont liés à l’envie de respirer, qui est donc également présente beaucoup plus tôt !

Dans ces conditions, j’imagine que vous étiez assez stressé le jour J… Comment s’est passée la plongée ? Quel était votre sentiment lorsque vous avez émergé comme prévu après 175 mètres en apnée ?

ARTHUR : C’est vrai que je n’étais pas du tout rassuré mais je me suis mis dans ma bulle. Allongé à côté du trou de départ sous une couverture, j’ai fait des exercices d’apnée et de relaxation. J’avais aussi à disposition un van Mercedes avec un sauna mobile pour me réchauffer avant de plonger. Top ! Une fois dans l’eau, j’ai mis mon cerveau de côté. J’étais focalisé sur les trous tous les 25 mètres. Vers 40 mètres, j’ai commencé à avoir envie de respirer et à 100 mètres, j’avais les jambes lourdes, mais j’ai senti que je pouvais y arriver. En sortant de l’eau, j’étais euphorique ! Ça reste un moment inoubliable ! Sous 80 centimètres de glace, on a l’impression d’être sur une autre planète. La lumière qui filtre sous l’eau est d’ailleurs assez lunaire. Je me sentais comme un pionnier en terre inconnue. C’est une chance inouïe de pouvoir vivre une telle expérience !

Arthur Guérin

« Je me sentais comme un pionnier en terre inconnue. C’est une chance inouïe de pouvoir vivre une telle expérience ! »

Toute cette aventure a été filmée afin d’en tirer un documentaire intitulé Second Souffle. Pouvez-vous nous en dire plus ?

ARTHUR : Pendant un an et demi, l’équipe de Quad Production et le réalisateur Sébastien Moreau m’ont suivi dans mon parcours d’apnéiste en piscine et en mer pour réaliser un documentaire de 52 minutes. Celui-ci sortira en septembre au cinéma puis sera proposé aux chaînes de télé comme National Geographic, Thalassa, TF1 Doc. C’est une manière de partager mon quotidien et aussi quelques grands moments de ma vie comme mon record du monde de 300 mètres en apnée dynamique avec palme et ce nouveau record de 175 mètres sous la glace, qui clôture le documentaire.

Quels sont vos prochains projets ? Avez-vous déjà de nouvelles tentatives de records en tête ?


ARTHUR : Je continue bien sûr la compétition, mais je souhaite aussi vraiment m’investir dans les réalisations audiovisuelles à but documentaire ou artistique. J’ai chez moi un tiroir fermé à clé avec déjà une dizaine d’idées de projets partout dans le monde. Chacun s’articule autour de la plongée en apnée avec l’envie de tenter quelque chose jamais réalisé ! Le prochain documentaire prévu cet été fera la part belle à la poésie, mais je préfère ne pas en révéler plus pour l’instant pour garder la surprise.

 

Votre autobiographie « Le bien-être sous l’eau » est sortie en avril dernier. Pourquoi avez-vous choisi de vous dévoiler dans un livre ?

ARTHUR : J’avais envie de partager ma vision de l’apnée, de faire comprendre au plus grand nombre que ce n’est pas un sport dangereux. Au contraire, c’est un sport sûr, fun et qui apporte beaucoup de plaisir, si l’on pratique sous la responsabilité d’encadrants formés et que l’on respecte les règles de sécurité. Accessible à tous en piscine, il a des effets bénéfiques pour le corps, mais aussi pour l’esprit. Comme le yoga ou la méditation, c’est une activité qui a un véritable impact sur le bien-être, qui permet d’atteindre un équilibre physique et psychique. En apesanteur, dans le silence, en contact avec l’eau, on se relâche, on se concentre sur soi. Actuellement, le nombre de clubs d’apnée explose et j’en suis ravi !