Portrait

Appât de velours

Texte : Olivier bauer, Photos : Gilles Leimdorfer

Elle s’est imposée comme l’une des actrices les plus talentueuses de la scène francophone. Après avoir reçu un Molière pour son rôle dans La Vénus sans fourrure, elle arrive à la télévision pour son premier grand rôle. L’ambassadrice Mercedes-Benz se dévoile…

Il y a bien longtemps, Marie Gillain est sortie traumatisée d’un casting pour Tarantino (Pulp Fiction) et s’est retrouvée en tête à tête dans un appartement avec Brian de Palma qui lui demanda de se mettre à l’aise ! L’actrice n’en fait pourtant pas étalage. Cet univers est le sien depuis ses 15 ans, elle a appris à se méfier des faux-semblants et des compliments. Elle suit sa route, à pied ou en voiture. Celle qu’elle conduit aujourd’hui est une hybride, pour prolonger des convictions écolos venues de la toute petite enfance. Son GLC 350 e lui permet surtout de quitter Paris en silence pour retrouver sa jolie maison située à la lisière de la forêt de Fontainebleau. Une bâtisse à la campagne comme pour mieux retrouver cette liberté qu’elle a toujours cherchée…

Premiers pas devant la caméra

Petite fille, Marie Gillain a adressé un jour une lettre à une fée, lui confiant ses aspirations : devenir comédienne. Dans son grenier aux mille merveilles, elle joue en famille de petites scènes pour amuser, émerveiller les copains et les cousins. Il faut dire que la fibre artistique est dans les gènes, sa petite sœur est devenue artiste (plasticienne). Dès l’école finie, Marie file au jardin, affublée d’un tutu, pour marcher sur une corde tirée entre deux arbres protecteurs. La demoiselle aime le cirque ! Et puis, parce qu’il faut bien côtoyer les gens de la ville, un jour, elle écrit une grande lettre au directeur du Vivier, un atelier d’expression théâtrale pour adolescents situé au cœur de Liège. Première véritable expérience de scène devant des inconnus. La confirmation de ce que doit être l’avenir !

À 14 ans, la jeune fille postule pour le rôle principal de L’Amant, film adapté du livre de Marguerite Duras. Elle n’est pas retenue, mais le numéro de téléphone de la ferme familiale passe d’une directrice de casting à une autre et l’appel (de la fée ?) qui retentit dans la maisonnée change d’un coup de baguette magique la vie de l’ado : Marie Gillain est choisie pour jouer aux côtés de l’immense Depardieu dans Mon père ce héros

Premiers pas d’une carrière qui l’a immédiatement envoyée sous les sunlights médiatiques. Puis, elle interprète une jeune femme sans foi ni loi dans L’Appât de Bertrand Tavernier, obtient un Ours d’Or et le Prix Romy-Schneider. Interviewé en février 1996 au Journal télévisé, le réalisateur dit de sa jeune comédienne : « Marie Gillain est l’un des plus beaux cadeaux que la Belgique ait fait au cinéma mondial. Vous pouvez déjà lui élever une rue et une statue. C’est une actrice sublime. » Fermez le ban ! Aujourd’hui, la jeune quadra dit simplement : « Il y a des moments où l’ego est complètement sur-rassasié. Il faut savoir se protéger pour avancer ». Un silence, et elle ajoute : « Nous devons aussi créer le désir ». Et pourtant, il y a presque un décalage entre cette image de jeune femme sublime, icône de papier glacé d’un célèbre parfumeur ou d’une marque de montre, et celle que l’on voit – ou que l’on devine parfois – en interview : Marie Gillain est d’abord joyeuse, spontanée et naturelle. En 2015, recevant son Molière au théâtre des Folies Bergère, elle lança un énorme « Putain ! » de bonheur devant la foule stupéfaite, mais toujours plus sous le charme !

Rarement où on l'attend

Après le succès de ses premiers films, la jeune actrice fait des choix forts : elle se tourne vers le théâtre pour jouer Le journal d’Anne Frank. La comédienne est rarement, voire jamais, là où on l’attend. Elle a tourné pour les frères Taviani, Ettore Scola, Anne Fontaine, Philippe de Broca, Cédric Klapisch ou Emmanuel Mouret sans faire de bruit. « On fait un métier où il peut ne rien se passer pendant 6 mois et tout d’un coup les projets se bousculent » dit-elle, sans frustration.

On la découvrira cet automne à la télévision, sur M6. Elle y incarnera une psychologue dans L’Origine du mal, série de 6 épisodes réalisée par Pierre Aknine : « Un projet fort et ambitieux ! Jusqu’à présent, je n’avais pas lu de projet télé qui me faisait vraiment envie… » Un rôle de plus pour celle qui, en trois décennies de cinéma, a déjà été favorite d’un sultan, braqueuse, architecte, aristo, vendeuse de maillots de bain ou juge d’instance. Toujours sensible à cette petite musique qui emporte vers une autre que soi et tellement heureuse lorsque le plateau se fait silence et que retentit le mot : « Moteur ! », qu’elle soit devant ou, désormais, derrière la caméra.

Souvenirs étoilés

D’un « moteur » à l’autre, elle évoque sur cette barge immobile ses souvenirs de voiture : « Je me souviens de ces voyages nocturnes, assise à l’arrière de la Mercedes de mon papa, blottie dans ma vieille couverture écossaise. On fait à moitié semblant de dormir, et puis là, tout à coup, on croise un chapiteau de cirque, c’est le rêve de votre vie qui défile… » En marge de notre rencontre, elle se renseigne sur les meilleurs réglages pour limiter son impact sur l’environnement. Celle qui a appris à conduire sur les petites routes de Belgique, entre les champs de betterave et de maïs, a longtemps préféré rouler seule. « Mais depuis que je conduis mon GLC, j’aime vraiment être en voiture avec mes enfants. » Elle met en avant le confort et la sécurité de la Marque à l’étoile. Le plaisir aussi de partager les paysages le long de la route. Mais, sait-elle à quoi rêvent ses deux petites filles en rentrant tard le soir, à l’arrière de sa Mercedes ?

 
Marie Gillain en 7 dates

1975 : Naissance à Liège (Belgique).
1991 : Mon père ce héros de Gérard Lauzier, avec Gérard Depardieu.
1996 : Prix Romy-Schneider pour L’Appât de Bertrand Tavernier.
2000 : Laissons Lucie faire d’Emmanuel Mouret.
2011 : « Toutes nos envies » de Philippe Lioret, avec Vincent Lindon.
2015 : Molière de la comédienne pour La Vénus sans fourrure
2017 : Réalisation de son 1er court-métrage dans le cadre des Talents Adami Cannes. 1er rôle dans une série télé (M6) : L’Origine du mal de Pierre Aknine