Portrait

Lewis Hamilton, quadruple champion du monde

Entretien avec le pilote parfait ?

INTERVIEW : STEPHAN DRAF / PHOTOS : PAUL RIPKE

En matière de sports automobiles, Lewis Hamilton fait figure de véritable légende. Quadruple champion du monde et britannique le plus titré de la Formule 1, le pilote n’en reste pas moins aussi humble que réaliste.

Vous êtes quadruple champion du monde de Formule 1 et êtes considéré comme le pilote parfait. Pourtant, vous avez récemment déclaré : « Parfait ? Je suis loin d’être parfait. Très loin. »

C’est vrai. Regardez Mohamed Ali ou, pour prendre un exemple actuel, Roger Federer. Ces sportifs se sont bien plus approchés de la perfection que moi. Le mot « parfait » me fait penser à un musicien qui trouve la bonne tonalité à chaque concert. Et puis la perfection est un concept qui change tout le temps. C’est un objectif qui évolue. Elle évolue lorsque l’on prend de l’âge, lorsque l’on gagne en sagesse. Et quand nos forces diminuent, je suppose que notre perception de la perfection change de nouveau. Cela signifie alors probablement être encore capable de faire du sport…

Chaque nouvelle saison est-elle aussi un nouvel élan vers la perfection ?

La saison commence en fait très tôt : à la moitié de l’année précédente, les ingénieurs commencent déjà à travailler sur la nouvelle voiture. Si je vais à l’usine de Brackley en janvier, les idées fourmillent, les pièces arrivent de partout, de tous les départements. C’est fascinant de voir comment l’équipe assemble ce puzzle.

Comment se passe la phase de rodage ?

Je n’ai pas vraiment le droit à l’erreur. Si je commets une faute grave en freinant par exemple, je bloque les pneus, la voiture quitte sa trajectoire, et je risque de voler dans le décor et d’abîmer la voiture. Un peu grosse l’erreur, non ? Mieux vaut avancer à pas de fourmi pour maîtriser complètement le véhicule. Des pas qui peuvent aussi être source de plaisir…

Quel était votre pilote préféré enfant ?

Ayrton Senna était mon héros quand j’étais en maternelle. Je voulais devenir pilote de Formule 1, comme lui. Et puis j’ai voulu être champion du monde, comme lui. Et lorsque je le suis devenu, je voulais voir jusqu’où je pouvais encore aller…

Qui ?

Lewis Hamilton, né en 1985, est pilote de Formule 1 depuis 2007. En 2008, il devient avec McLaren le champion du monde le plus jeune de l’Histoire.

Il passe chez Mercedes-AMG Petronas en 2013, avec qui il remporte encore trois fois le titre de champion du monde. Le champion tient ses fans informés sur lewishamilton.com, où il dévoile également un peu de sa vie privée.

Rêvez-vous de battre certains adversaires ?

Je veux toujours battre tout le monde ! Peu importe le domaine. Je veux même gagner au basket-ball contre mon meilleur ami. J’ai toujours été comme ça. Voilà pourquoi je préfère les courses aux qualifications ; la compétition est plus directe.

Ces dernières années, avez-vous suivi les conseils de pilotes plus âgés ?

Les pilotes de Formule 1 se concentrent avant tout sur eux-mêmes. Personne ne donne de bons conseils aux plus jeunes. Maos mon père m’a donné quelques conseils. Il regardait toujours le plus rapide dans les courses de karting, le champion du moment, et ses points de freinage dans les virages. Il me les montrait et me disait : « Freine là » en désignant un endroit deux mètres devant le point de freinage du plus rapide. J’ai quitté ma trajectoire un nombre incalculable de fois. Mais cela a fini par fonctionner. Voilà pourquoi aujourd’hui je freine très tard.

 

Ensemble, vous avez obtenu un succès immense.

Pour nous, ni l’argent ni le succès ne sont importants. Il s’agit de la partie émergée de l’iceberg : on n’en voit que 10 %. Sous la surface, il y a dix fois plus de travail acharné. Les gens ne voient pas cela. Ils ne veulent sans doute pas le voir. Voilà pourquoi les émissions de télé-réalité attirent tant de monde. Elles donnent au public l’impression que l’on monte sur scène, et hop, on devient riche et célèbre. Mais ce n’est pas ainsi que ça fonctionne. Surtout dans le sport.

 

 

Vous allez souvent à des défilés de mode. Vous n’avez pas envie de concevoir vous-même des vêtements ?

Si. C’est quelque chose que je prends au sérieux. Je prends des notes pendant les défilés. Quels sont les tissus utilisés ? Quelles combinaisons de couleurs ? Je fais beaucoup de photos des matières. Parfois, après le défilé, je peux parler deux minutes avec les stylistes en coulisse. Une seule robe représente tant de travail et implique tellement de monde. Comme une voiture de course. Et tout se termine avec la même rapidité. À peine le défilé terminé, les stylistes s’attellent à une robe encore plus belle. En Formule 1, nous cherchons la voiture parfaite.