Portrait

Moteur !

Entretien avec Stéphane De Groodt

TEXTE : Olivier Bauer – PHOTOS : Gilles Leimdorfer

Entre la réalisation d’un court-métrage, deux rôles d’acteur pour le cinéma et l’écriture d’un livre pour enfant, STÉPHANE DE GROODT nous parle de sa vie au volant et sur scène. Entretien avec un homme aux multiples facettes.

Devenu ces dernières années un acteur bankable, Stephane De Groodt s’est fait connaître du grand public par des chroniques décalées sur le petit écran. Celles-ci se sont depuis transformées en un succès de librairie nommé Voyages en absurdie. Amoureux des mots, il s’amuse régulièrement à perdre ses interlocuteurs dans des figures de style où la musique l’emporte sur le sens. Pourtant, ce matin-là, dans l’antichambre du Théâtre de l’Œuvre, il ne sera pas question de calembour ou de métaphore, mais de raviolis, d’une baignoire, de Trintignant et du circuit de Spa-Francorchamps.

L'homme derrière la marque

Beaucoup l’ignorent, mais Stéphane De Groodt était pilote de course professionnel. Pendant plus d’une décennie, jusqu’au début des années 2000, le futur acteur participe à différents championnats: Formule 3000, Belgian Pro car, Porsche Carrera Cup, Formule Ford 1600, Formule 3 Eurocup, etc. « Lors de mes premières courses, je ne pilotais pas, je roulais simplement dans une voiture de course… et j’arrivais dernier ! Je n’avais pas compris qu’en roulant vite, on finissait dernier », dit-il amusé. « Il ne fallait pas juste rouler vite, il fallait piloter ! Et il fallait avoir envie de gagner, alors que moi, j’avais juste envie d’être là… » Il lui faudra un peu de temps pour aller chercher les dixièmes et les centièmes qui le mèneront jusqu’aux premières places. Mais au fil des années, il signera nombre de pole positions, podiums et autres victoires.

Talents multiples :

Avant de devenir comédien, Stéphane De Groodt a été pilote de course professionnel.

À l’évocation de Spa-Francorchamps, Stephane De Groodt se redresse sur son siège. L’œil est scintillant, la parole plus intime. C’est là, au cœur de sa Belgique natale, qu’il a disputé sa première course. « C’est surtout là où, enfant, je venais voir Jean-Louis Trintignant courir les 24h. Il me prouvait que c’était possible d’être pilote de course et comédien en même temps. Ou même cosmonaute ! Trintignant me montrait, par l’exemple, que tout était possible… »

De pilotage à acteur

À 18 ans, son permis de conduire en poche, le jeune Stéphane prend la direction du magasin Stand 21 à Lille pour acheter un casque et une combinaison de compétition. « À mon retour, je les ai enfilés et je me suis installé dans la baignoire… J’étais enfin un pilote dans son baquet ! » Pour devenir pilote, ce fils d’ingénieur se démultiplie. Il est tour à tour barman, responsable marketing et même pigiste dans l’édition belge de Elle. Plein de ressources, il finance ses cours de pilotage en cuisinant et vendant des raviolis. Quelques années plus tard, le jour de sa première course officielle, il se rend compte que son premier casque n’est pas homologué… « J’ai fait la course avec une vieille combi de Thierry Boutsen (ancien pilote belge de F1, vainqueur de 3 Grands Prix en 1989 et 1990). » Un joli souvenir.

Chez lui, tout semble possible. L’enfant enveloppé et dyslexique s’est battu pour dépasser tous ses handicaps et devenir un champion avant de s’imaginer comédien. Il a évité les chicanes et les crashs et c’est une route vers le cinéma qu’il a suivie. Patiemment, durant sept ans, avec la ligue d’improvisation. « Ce qu’on vous y apprend dès le début, c’est d’accepter la proposition de l’autre. De dire oui. » C’est aussi la morale du court-métrage qu’il a réalisé à l’occasion des Talents Adami de Cannes. « L’impro m’a appris à regarder les gens et pas seulement à les voir ; à les entendre en plus de les écouter. La majorité des comédiens n’écoutent pas l’autre, ils s’écoutent eux-mêmes, ils se raccrochent à leur texte. »

La route vers le succès

De Francis Girod en 2001 (Mauvais genres), à Claude Lelouch en 2017 (Chacun sa vie), il n’a cessé de flirter avec le 7e Art tout en jonglant avec les chroniques radio, les rôles de théâtre et de télévision. Dans les prochains mois, il doit enchaîner des tournages avec certains des réalisateurs les plus novateurs du moment : Pierre Schoeller, Claire Devers, Mona Achache et Fred Cavayé. Il repartira ensuite en tournée de théâtre entre janvier et avril 2018 avant de réaliser son propre film. Son agenda est bien rempli pour les mois à venir. « Chaque jour est une nouvelle vie. Et ce qui est intéressant n’est pas tant ce qu’on va faire, mais la manière dont on va le faire, et ça je l’ignore…»

Sans faire de bruit, Stéphane De Groodt a imposé son personnage atypique et décalé sur les plateaux. Avec cette douce impression de pouvoir réciter du Shakespeare tout en glissant sur une peau de banane. Il ressemble étonnamment à John Cleese. Il incarne une sorte de Monty Python 2.0. Lui confesse : « Aujourd’hui, je suis devenu la personne que je voulais être ».

La passion de l’excellence

Demain, il reprend la route, mais ne dit rien sur sa destination. Stéphane De Groodt roule désormais en Mercedes-AMG GLC 43 : « C’est une voiture que je trouve très belle et relativement discrète, un modèle qui allie élégance et performance. Mercedes-Benz prône l’excellence. On le voit à la manière de concevoir les voitures et aux résultats sur les circuits de Formule 1. J’aime cette idée de performance, de qualité et de souci du détail. » Au quotidien, il confesse conduire un peu vite. « Dès que j’ai une voiture un peu sportive entre les mains ou que je me retrouve sur un circuit, ça revient immédiatement… » Sur l’asphalte, le comédien redevient pilote. Qui sait, peut-être jouera-t-il un jour le rôle de Trintignant au cinéma…