Portrait

Un petit grain de folie

Texte : Olivier Bauer, Photos : Gilles Leimdorfer

Aujourd’hui, actrice reconnue du petit et du grand écran, Valérie Bonneton a gagné un Molière au théâtre et la popularité à la télévision. Rencontre avec une comédienne naturelle, qui aime rêver au volant de sa Nouvelle Classe C Cabriolet.

Célèbre, mais toujours accessible

La discrétion de Valérie Bonneton n’a d’égal que sa ponctualité. Face à vous, elle a l’air presque surprise d’être là. La célébrité n’est pas pesante lorsqu’elle se fait si modeste. Dans un décor raffiné signé Sarah Lavoine, Valérie évoque sa vie. Sa rose des vents indique le Nord, aujourd’hui renommé Hauts-de-France. La famille Bonneton vient d’Aniches, petite cité ouvrière coincée entre Douai et Valenciennes. Dans ce monde de peu, on porte la simplicité et la générosité en étendard. Les « gueules noires » et les terrils font partie du paysage. « Je suis née à l’époque de la fermeture des dernières mines. L’univers des corons où l’on vit sur le pas de sa porte et où l’on partage ce que l’on a. À commencer par l’amitié et une tasse de café… », dit la petite-fille d’un mineur devenu contremaître.

Un rêve d'enfance

Bien assise dans son fauteuil, elle parle de son enfance heureuse et de ce jour où, en classe de 5e, elle a une révélation en jouant devant ses camarades une scène des Fourberies de Scapin : « Il s’est passé quelque chose de magique. J’interprétais le rôle de Scapin et je devais sauter sur quelqu’un. Ça a du me libérer de quelque chose… » Quelques années plus tard, en classe de 1e S, alors qu’elle se destine à suivre des études de vétérinaire, on lui propose de jouer le rôle d’Ismène dans Antigone d’Anouilh. Pour rentrer dans son personnage, elle enfile une perruque blonde… et, tout à coup, prend conscience de son potentiel comique ! Avec le recul, elle dit : « Je rêvais d’une vie artistique mais ça me semblait si loin de mon univers… »

La jeune femme est débrouillarde et décidée. Elle monte à Paris, trouve une chambre de bonne et, pour se payer le Cours Florent, enchaîne les petits boulots : vendeuse de fruits, baby-sitter, modèle de sculpteur, … « C’était une époque très heureuse, on rigolait beaucoup. Il y avait une grande insouciance », se rappelle-t-elle. Le talent supplée la volonté : elle rentre au Conservatoire et durant trois riches années apprend son métier.

 

D'un registre à l'autre

Valérie Bonneton semble prendre plaisir à déstabiliser ceux qui l’accompagnent. Du classique à la comédie, du profond à la légèreté. La jeune actrice s’est nourrie de tout le répertoire pour affiner son jeu sans jamais se démunir d’une excentricité nuancée. Sur scène, elle passe de La Tragédie du Roi Christophe, texte d’Aimé Césaire, à L’envers du décors du très branché Florian Zeller ou à un Feydeau mis en scène par Roger Planchon à la Comédie-Française.

En 2008, elle reçoit le Molière de la Comédienne dans un second rôle pour sa performance dans le Dieu du carnage, une pièce de Yasmina Reza. Consécration !

Des planches au petit écran… et aux salles obscures

Cette année-là est charnière dans la trajectoire de l’actrice. Elle vient de finir la première saison de Fais pas ci, Fais pas ça, la future série à succès, et s’apprête à tourner dans Les Petits Mouchoirs de son ami Guillaume Canet. Le début d’une popularité qui s’est depuis envolée. Car, à l’inverse de nombreuses actrices qui alignent les rôles de jeune première avant de disparaître des affiches, la carrière de Valérie Bonneton est, elle, allée crescendo. Les frustrations ont laissé place aux sollicitations : « J’ai eu le temps de maturer, de me nourrir de ma vie. C’est pour ça que j’ai pu jouer le rôle de Fabienne Lepic à fond. Ça a été un exutoire ». Pour rappel, dans la série de France 2 dont la dernière saison sera bientôt diffusée, Fabienne Lepic, bourgeoise atypique, travaille à la mairie de Sèvres comme responsable de la lutte contre les déjections canines et comme… spécialiste des ralentisseurs routiers ! Au printemps, elle tournera un film sur lequel elle ne dit mot par superstition et, cet été, une fiction sur l’art contemporain avec Denis Podalydès pour Pierre Torreton. « Aujourd’hui, je ne souhaite plus tourner qu’un ou deux films par an. C’est un luxe de pouvoir choisir… »

 

La voiture, synonyme de liberté

Si Valérie Bonneton a réussi le concours d’entrée au Conservatoire du premier coup, elle n’a obtenu son permis qu’à sa quatrième tentative à Paris… « On m’a dit que je n’avais pas une assez belle allure en conduisant ! » Serait-elle plus à l’aise sur une scène de théâtre que derrière le volant ? Elle s’exclame : « Bien sûr que non ! Je conduis très bien mais parfois les gens n’ont pas confiance. Ils me confondent peut-être avec certains de mes personnages », glisse-t-elle, amusée. Elle a passé son permis à 18 ans : « Le permis, c’était la liberté ! Je venais de province, la voiture était importante. »

Si son premier véhicule était une smart, elle roule aujourd’hui dans la Nouvelle Classe C Cabriolet. Vivant désormais entre Paris et la Normandie, elle assure que les allers et retours ne sont pas une contrainte, bien au contraire. « Dans ma voiture, j’ai l’impression d’être une autre personne : plus efficace, plus disponible. Et puis, je fais beaucoup de choses dans ma Mercedes. À commencer par rêver… » Elle dit conduire beaucoup, mais prudemment. « Est-ce parce que j’ai des enfants ? » Il lui manque néanmoins quatre points à ce jour. « Pour de petits excès de vitesse, je suis dégoûtée ! » Avant de se quitter, elle précise n’avoir jamais eu d’accident, enfin à part une fois… où elle a embouti une voiture de police en sortant d’une voie de bus ! Était-ce bien elle ou Fabienne Lepic au volant ?

Valérie Bonneton
« Dans ma voiture, j’ai l’impression d’être une autre personne : plus efficace, plus disponible. »