Ambassadeurs

L’âme à vagues

Surfeur aussi discret que talentueux, Peyo Lizarazu a longtemps rêvé d’une vague gigantesque : Belharra. Revenu sur terre après l’avoir surfée, l’ambassadeur Mercedes-Benz continue d’explorer les sensations de la glisse…

On prête à Platon ou à Aristote la citation suivante : « Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer… » Et l’on se dit que Peyo Lizarazu appartient assurément à cette troisième catégorie. Le soleil tout juste levé, le surfeur nous reçoit sur les hauteurs de Bidart, face à l’océan. C’est ici que le voyageur a posé ses planches de surf et ses valises. Depuis son enfance, le quadra a écumé toutes les vagues de la côte, inlassablement, passionnément. Il les a caressées, les a affrontées. Jusqu’à la plus grosse d’entre elles.

 

Premières vagues

Sur son téléphone, Peyo montre une photo sépia prise au début des années soixante. On y découvre son père en train de jouer les équilibristes sur une planche de surf. « Mon papa passait son temps libre à surfer et surtout à plonger, dit-il. Je n’étais jamais très loin de lui. » Peyo est encore à l’école primaire lorsqu’il fait ses premiers tubes au large des plages d’Hendaye. « Le site est calme, les vagues sont petites et faciles, parfaites pour l’apprentissage parce qu’il est protégé de la côte en cas de forte houle. » Son grand-frère parti depuis bien longtemps au centre de formation des Girondins de Bordeaux, il se révèle indépendant et volontaire. « Comme j’étais tout le temps dans l’eau, mon père qui était charpentier m’a fabriqué ma première planche. »

Du football au surf… et au rugby

À côté de l’océan, le terrain de jeu du petit Peyo varie d’abord entre piscine, fronton, terrain de foot et de rugby. « Au foot, dès mon plus jeune âge, on a commencé à me comparer à mon frère qui avait six ans de plus que moi. Je n’avais pas envie de ça, se souvient celui qui remporta pourtant le titre de Meilleur joueur du tournoi 1985 de la Turbie (Monaco). » À l’âge de 13 ans, alors qu’il remporte le titre de Champion d’Europe espoir de surf, Peyo commence à se tourner vers l’ovalie. Son sport-étude en surf à Biarritz le mène finalement… aux portes de l’équipe première de rugby de Bègles. À 18 ans, il fait quelques apparitions en Top 16 et marque un essai d’ailier devant le Colomiers de Fabien Galthié ! De ses années rugby, Peyo a gardé de fortes amitiés et surtout ce besoin du collectif.

« Surf de gros »

Si Peyo est compétiteur, il l’est beaucoup moins que son frère. Plus homme de défi que de compétition. « Le surf implique des notes et, souffle-t-il, ce n’est pas toujours le meilleur qui l’emporte. » Dans ce sport nautique, il est question de technique et de physique, mais aussi d’opportunités. Pour choisir la bonne vague, il faut connaître la mer, sentir le vent et la houle. Être tout à la fois météorologue et artiste équilibriste. « Chacun est jugé sur sa vague, jamais la même. Il faut avoir du flair mais aussi la chance de son côté… » Alors, loin des compétitions, Peyo commence à regarder les grosses vagues, celles que l’on surfe sans être jugé : « ce que nous appelons le surf de gros ».

Le défi Belharra

C’est depuis les hauteurs de Ciboure que la vie de Peyo va changer. « C’est ici que j’ai commencé à observer Belharra… » Une vague géante, haute de plus de 15 mètres, qui n’apparaît qu’en hiver. Belharra se casse en pleine mer, à 2,5 km du rivage et n’est alors connue que des marins du coin. « Je l’ai longtemps observée de loin avant de m’en approcher. Cette vague n’était pas vierge de fantasme, mais à cette époque, en 2002, elle était vierge de surfeurs l’ayant chevauchée. »  Le 22 novembre de cette année-là, ils sont six surfeurs à défier pour la première fois Belharra. « Surfer Belharra, c’était surfer une vague que j’attendais finalement depuis toujours, c’était donner rendez-vous à une vague venue de l’autre côté de l’océan… » Le flirt est pourtant risqué : la moindre bosse, la moindre ride, le moindre clapot sur l’océan devient un danger mortel. L’exploit des trois duos de surfeurs est vite relayé dans les journaux, mais aussitôt Peyo redoute sa médiatisation. Lui souhaitait garder secret ce tube gigantesque pour ne pas ébruiter la magie de « sa » côte.

 

L’authenticité plutôt que la compétition

À l’instar de la légende hawaïenne, son ami Laird Hamilton, le surf est pour lui une forme d’expression artistique. Avec le besoin d’être constamment à la recherche de nouvelles sensations. En 2006, Peyo est ainsi l’un des tous premiers à pratiquer le Stand up paddle (SUP) le long des côtes françaises. Influenceur, prescripteur ? « Il y a plus de vingt ans que je travaille pour un grand groupe spécialisé dans les sports de glisse. Mon travail autour de l’innovation me permet d’être en avance. J’ai souvent l’opportunité de tester les nouveaux matériaux et les nouvelles techniques avant les autres. » Parfois, il va plus loin : en 2010, il obtient un titre de vice-champion du monde de la discipline… Mais, une fois encore, il décide de tourner le dos à la compétition. Depuis quelques mois, Peyo fait partie de ces quelques surfeurs qui ont installé un foil sous leur planche, cet instrument qui permet de « voler » sur l’eau. Une nouvelle discipline beaucoup plus technique – et dangereuse – qui doit lui permettre d’assouvir un nouveau rêve : « aller voler sur Belharra… »

Peyo en 4 dates

1975
Naissance à Saint-Jean-de-Luz

1988
Champion d’Europe espoir de surf

2002
1ere sortie à Belharra

2010
Vice-champion du monde de Stand-up paddle

Une voiture de surf ?

Ce sera peut-être pour cet hiver. « Mais il me manque encore une attache pour la remorque et les barres de toit pour transporter les planches avec foil. » En attendant, l’une d’entre elles, toute rouge, est bien calée dans l’habitacle entre les sièges. Peyo ne parle donc pas de voiture mais de « voiture de surf » parce que son véhicule lui sert d’abord à aller chercher des vagues. Son dernier road trip remonte à 2016 en Corse. Peyo rêve aujourd’hui de rouler avec son GLE jusqu’au sud de l’Espagne et au Portugal. « Une fois que j’aurai installé les barres de toit, je pourrai transporter jusqu’à six planches. En attendant, il y a toujours des grains de sable et un peu de wax fondue à l’intérieur de l’habitacle. Ma Mercedes est unique parce qu’elle sent le sel et les embruns » dit-il, avant d’ajouter un brin espiègle, « mais ça, on ne peut probablement pas l’écrire dans les pages glacées de votre magazine… »