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Les filles ont trouvé leur place !

Finis les sports réservés aux hommes.

TEXTE : OLIVIER BAUER

C’est une tendance chaque jour plus importante : en 2019, les femmes pratiquent sans complexe des sports longtemps « réservés » aux hommes. Football, rugby, boxe ou skate, le sport a perdu son genre. Et c’est tant mieux !

Le phénomène semble mondial. Les audiences ont explosé ! Lors de la Coupe du Monde de Football féminin organisée cet été en France, on a enregistré 35 millions de téléspectateurs au Brésil pour leur 8e de finale face à la France, 11,8 millions de Français devant le quart des Bleues face aux États-Unis, ou encore 8,8 millions d’Anglais lors de la demi-finale de leur équipe jouée contre les États-Unis. On l’espère, ces records d’audience devraient être révélateurs d’un changement des mentalités. Les femmes font du sport comme les hommes – et vice versa. Pourtant, les frontières semblent parfois difficiles à bouger : le foot, le rugby, la boxe, le skate… sont encore fréquemment considérés comme des « sports d’homme. »

 

Professionnalisation du rugby féminin

Avec 17 000 licenciées, le rugby féminin a pourtant triplé son nombre de joueuses entre 2004 et 2018. Sans salaire ni médiatisation, les meilleures joueuses françaises ne sont longtemps rentrées sur le terrain que pour le plaisir du jeu. Désigné l’an dernier comme « une priorité du développement du rugby français » par Bernard Laporte, le président de la Fédération Française de Rugby (FFR), le rugby féminin évolue lentement : depuis le début de l’année 2019, 24 joueuses de l’équipe de France bénéficient enfin d’un statut semi-professionnel grâce à des contrats à mi-temps. Un statut qui leur donne des ailes : en juillet, pour la deuxième fois consécutive, l’équipe de France féminine de rugby à XV a battu les championnes du monde néo-zélandaises lors des Super Series. Et dans les tribunes, les hommes n’étaient pas les derniers à applaudir… En France, le rugby était le dernier des cinq grands sports collectifs (football, rugby, basket, handball, volley) à ne pas avoir amorcé sa professionnalisation pour les femmes.

 

La boxe, nouveau terrain de jeu

Les sports individuels restent, quant à eux, souvent liés à des sponsors personnels (particulièrement dans les sports de glisse ou les sports extrêmes). Mais là aussi, les femmes commencent à prendre leur place. Les skateparks, les circuits auto ou salles de boxe sont désormais fréquentés par une population féminine sans complexe. Les succès aux Jeux Olympiques de Rio de Sarah Ourahmoune et d’Estelle Mossely s’inscrivent ainsi dans un phénomène plus large. Aujourd’hui, on estime à 8 000 le nombre de femmes licenciées dans les différents clubs de boxe en France, c’est huit fois plus qu’en 2000. Les femmes recherchent et assument désormais tout autant que les hommes le dépassement de soi et le plaisir dans l’effort. Elles sont ainsi de plus en plus nombreuses à entrer dans les salles de boxe grâce au Fit-box, une activité de remise en forme qui s’inspire des techniques du kick-boxing et des arts martiaux.

Communautés de sportives

La boxe comme le skate se partagent sur les réseaux sociaux. Des groupes de filles se créent avec la volonté de développer de nouvelles communautés. Sur Instagram, le hashtag boxinggirl compte ainsi plus de 416 000 publications. Un désir qui s’exprime aujourd’hui dans la notion de « sororité », un pendant à la « fraternité ». En quelques mois, Grlswirl, un collectif de skateuses basé à Venice Beach en Californie a déjà rassemblé 52 000 membres. Les sportives s’affichent et se libèrent en pratiquant des sports qui se refusaient à elles jusqu’à présent. Line Piguet et Karine Liotta, deux pilotes instructrices qui participaient il y a quelques semaines à un événement Mercedes-Benz autour de la performance ne disent pas autre chose : « heureuses les mains dans le cambouis », elles ont longtemps cherché leur place dans un monde d’hommes qui refusait de leur remettre une coupe lorsqu’elles se trouvaient sur le podium.

Les médias sportifs aussi évoluent

La médiatisation des sportives est l’une des clés pour changer les regards. Si les articles du journal L’Equipe traitent à près de 90 % d’hommes et à peine 10 % de femmes, le mouvement semble aujourd’hui en marche. Cet été, pour couvrir la Coupe du monde féminine, la rédaction est passée de 2 journalistes (pour les éditions 2011 et 2015) à 26 ! « L’équivalent du nombre de journalistes que nous avons envoyés pour la Coupe du monde masculine en Russie l’été dernier, expliquait Jérôme Cazadieu, le directeur de la rédaction. Un nouveau challenge sera désormais de féminiser la rédaction du premier quotidien de sport en France : « Nous sommes passés de 9 % de journalistes femmes en 2013 à 21 % aujourd’hui. Mais nous avons souvent des difficultés pour avoir des candidates lorsqu’on sollicite les écoles de journalisme. » L’empowerment des femmes dans le sport se joue à tous les niveaux. Sur les rings de boxe, les terrains de foot et dans les rédactions.