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Qui est Bertha Benz ?

Qu'est-ce ce qui a rendu la jeune Bertha Benz si déterminée ?

TEXTE : SILVIA TYBURSKI

Sans cette femme, Mercedes-Benz n’aurait peut-être jamais existé. Avec persévérance et talent, la femme de Carl Benz l’aidera à matérialiser sa vision : concevoir la voiture sans chevaux, propulsée par un moteur.

« Malheureusement, ce n’était de nouveau qu’une fille. » Les mots continuent de résonner longtemps après que Cäcilie Bertha Ringer les a lus, à l’âge de dix ans, dans la bible familiale. C’est sa mère qui a inscrit cette phrase blessante le 3 mai 1849, jour de sa naissance. Bertha est la troisième fille du maître charpentier et constructeur Karl Friedrich Ringer et de son épouse. Sa mère a déjà donné naissance à deux filles mais pas encore à un fils héritier.

Même si cette attitude reflète la pensée de l’époque, Bertha Benz, comme le racontera plus tard son amie Elisabeth Trippmacher, n’a jamais oublié cette phrase de sa vie, « et à chaque fois qu’elle y repensait, elle s’appliquait à prouver à sa mère qu’une fille peut elle aussi accomplir des choses extraordinaires. » Ambitieuse, curieuse, avec un esprit éveillé et un grand intérêt pour les nouveautés technologiques : voilà le portrait que dresse de la jeune Bertha Ringer sa biographe Barbara Leisner.

 

Jeunesse studieuse

En 1858, le père de Bertha l’inscrit au lycée pour filles auquel vont déjà ses deux sœurs aînées. D’un esprit curieux, Bertha emmagasine dans cette école autant de connaissances que possible. Même si une bonne partie du programme scolaire est consacrée aux « travaux féminins », les filles suivaient aussi des cours d’anglais, de français, de géométrie, de géographie… Et deux heures de sciences par semaine.

Le 27 juin 1869, la jeune femme rencontre l’ingénieur Carl Benz lors d’une excursion avec le club Eintracht (« Concorde »). Elle a 24 ans. Il la considère comme une interlocutrice intéressée et extrêmement érudite. Elle croit tellement à l’idée de son fiancé qu’elle demande à ses parents de lui verser sa part d’héritage de 4 244 florins pour l’aider financièrement. Carl rencontre, en effet, déjà des difficultés avec l’atelier mécanique qu’il a créé dans la ville industrielle en pleine croissance de Mannheim.

 

Fidèle collaboratrice

Le 20 juillet 1872, Carl et Bertha Benz se marient dans l’église du château de Pforzheim.
Les années passent et la situation reste très précaire. Bertha Benz continue malgré tout de croire à son rêve d’automobiles, qui est depuis longtemps devenu un rêve commun : « Nous parlions sans cesse de ses projets », se rappellera-t-elle plus tard. « J’ai donc fini par très bien connaître toute la technologie. »

D’après sa biographe Barbara Leisner, elle participait au développement technologique de la machine, comprenait les projets et proposait ses propres idées. Lui était le génie technique, elle sa fidèle collaboratrice. Elle le soutient également de façon tout à fait pratique : ainsi l’aide-t-elle à enrouler le fil de fer sur la bobine à induction pour le système d’allumage.

Le dernier jour de 1879, le moteur à essence à deux temps sur lequel ils bricolent depuis des années est prêt. Pourtant, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Le milieu d’affaires de Mannheim trouve cette nouvelle machine intéressante, mais personne ne veut investir dedans : trop cher, pas éprouvé. Pour autant, pas question de baisser les bras. Bertha Benz continue à soutenir son mari. Et cela porte ses fruits : le 29 janvier 1886, Carl Benz dépose un brevet pour sa voiture « à moteur à essence ».

 

Sur la bonne voie…

En août 1888, Bertha Benz et ses fils entreprennent le premier long voyage avec la version de série de la voiture à moteur brevetée, afin d’attirer l’attention sur le véhicule. Les premières années, les ventes sont maigres. Parmi les premières personnes intéressées se trouve une enseignante hongroise. Elle se rend à Mannheim pour voir la voiture et est fascinée. « Malheureusement », écrit l’ingénieur, « son aisance financière n’est pas proportionnelle à son enthousiasme.

Mais les femmes passionnées ont plus d’un tour dans leur sac. Elle sut transmettre sa passion à un collègue, qui dépensa tout son argent liquide dans la voiture. » L’histoire ne raconte pas ce que Bertha Benz pensait de l’acheteuse. Mais on peut imaginer sa fierté. Elle a beaucoup contribué à ce que cette enseignante et ses élèves puissent voir tout ce dont sont capables les femmes. Il faut simplement qu’elles ne se laissent pas décourager.

 

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