She's

Le bonheur d’être curieuse

Portrait de Margaux Hammer, fondatrice du Curiosity Club

TEXTE : HENDRIK LAKEBERG // PHOTOS : STEPHANIE FÜSSENICH

Il y a cinq ans, Margaux Hammer fondait un réseau pour femmes actives. De Paris à Bombay, il rassemble aujourd’hui des personnalités issues de secteurs totalement différents. Promenade en compagnie de l’ancienne avocate et de la Classe A 250 e dans les rues de sa ville, Paris.

Margaux Hammer savoure son café alors que le soleil se lève lentement sur Paris. Elle regarde par la fenêtre du dernier étage du morning coworking situé porte de Clichy. En face, le Sacré-Cœur trône sur la colline de Montmartre, illuminé par les rayons du soleil. À ses pieds, la ville somnole encore.

La fondatrice du Curiosity Club aime l’ambiance particulière du matin. Sa communauté compte actuellement 5 000 femmes dans le monde entier. Pour Margaux Hammer, le bonheur (et bien d’autres choses) se trouve dans la curiosité. C’est d’ailleurs sa propre curiosité qui l’a poussée à créer ce club en 2015. « Mon père devait beaucoup voyager pour son travail », raconte-t-elle, « et parfois, il nous emmenait, avec mes frères et sœurs. C’est cela qui m’a ouverte au monde. »

Un club inspiré par ses amies

Le monde au sens large mais aussi à petite échelle. Comme son cercle d’amies. « Nous nous connaissons depuis l’école primaire et sommes toujours restées en contact, même si nous habitons des endroits différents et avons suivi des voies très diverses », poursuit Margaux. « Une amie est devenue journaliste, une autre comédienne, une autre encore médecin et la dernière est bouchère. » À chaque fois qu’elles se retrouvaient, elles parlaient de la famille, de leurs relations, de leur vie privée…  Mais presque jamais de leur métier.

Pourtant, Margaux était convaincue qu’elles avaient un tas de choses à apprendre les unes des autres. Derrière chaque profession se cache, en effet, un point de vue particulier sur le quotidien et le monde en général. Margaux Hammer venait de terminer ses études de droit et elle était curieuse de savoir comment ses amies avaient trouvé leur place dans le monde du travail.

Elle suggéra alors que chacune parle de son activité lorsqu’elles se réunissaient. Et que les autres lui posent ensuite des questions. « A l’origine, j’ai invité mes amies chez moi et je leur ai proposé d’amener chacune une autre personne. Je trouvais important que seules des femmes participent à ces réunions », raconte Margaux.

Une communauté internationale

Un jour, une rencontre fortuite dans un bar a fait basculer l’initiative. « Alors que je parlais de mon idée à des amies, une femme m’a abordée car l’idée lui plaisait. Elle était directrice du marketing international de Cartier. Elle m’a proposé un plus grand espace pour tenir nos réunions », relate Margaux. Par la suite s’est développée une communauté internationale organisant des soirées à Paris, Lille, Londres et, depuis peu, Bombay. En 2018, Margaux a quitté son emploi d’avocate pour se consacrer entièrement à sa start-up.

À partir d’une idée spontanée, Margaux Hammer a donc trouvé sa raison de vivre. Elle a continué à développer le concept sans perdre de vue l’objectif originel : la curiosité. Il suffit de regarder la liste des invitées pour s’en assurer. Margaux ne suit pas la tendance actuelle : celles qui viennent s’exprimer ne sont pas des professionnelles issues du secteur des technologies ou des entrepreneuses. Non, les événements du Curiosity Club donnent la parole à une officière de la marine ou à une commissaire, entre autres exemples.

Une nouvelle source d’énergie

Une nonne a même un jour figuré sur la liste des invitées, ou encore une experte en cognac travaillant pour un grand groupe de luxe français. « Rencontrer des personnes que je ne croiserais probablement jamais dans ma vie de tous les jours me passionne », s’enthousiasme Margaux Hammer. « Nous voulons que ces rencontres soient une source d’inspiration. Et c’est toujours le cas. J’entends souvent que, pour beaucoup d’invitées, nos soirées ont été une nouvelle source d’énergie. »

Le fait que seules des femmes soient autorisées dans les soirées du club renforce le sentiment de communauté. « Nous n’avons rien contre les hommes », rit Margaux. « Mais, parfois, nous aimons nous retrouver entre nous. » Des derniers films aux expositions en passant par les rares places de parking à Paris, les emplois ou les amitiés, les sujets sont larges et le networking est aussi de mise.

Des femmes hautement qualifiées

En tant que CEO d’une start-up, Margaux Hammer, a aussi des intérêts commerciaux à gérer. Elle collabore avec de grandes marques comme Mercedes-Benz. Elle cherche également à accroître la notoriété du Curiosity Club grâce à un podcast et à des contenus vidéo.  Les participantes ne sont ainsi pas les seules à profiter des interventions des invitées : le public est le plus large possible. Il comprend même des entreprises qui contactent Margaux Hammer pour son réseau de femmes hautement qualifiées. « Les entreprises comptant beaucoup de femmes ont souvent plus de succès que celles où les hommes dominent », explique-t-elle.

La fondation du club à Bombay est le résultat de l’initiative d’une Française qui y vit. Margaux Hammer s’est laissé guider par son intuition pour cette création. Et elle est revenue emballée du premier événement. « Je me suis rendu compte à quel point il est enrichissant de rester ouverte, humble et respectueuse. Ce sont les conditions de base de la curiosité. » Et des qualités qui caractérisent aussi toutes ses invitées…